Alimentation et hypothyroïdies

 

Quand tout va bien, on ne fait pas cas de cette petite glande thyroïdienne de 25 à 30 g située à la base du cou et on n’imagine pas à quel point elle est impliquée dans la plupart des activités de nos organes, et que de nombreux tissus interagissent également avec elle.

 

La thyroïde est comme un chef d’orchestre, elle régule notre métabolisme de base, notre énergie, notre immunité, notre température, notre rythme cardiaque, notre appétit… Elle a aussi besoin du cerveau et du foie pour sa régulation. Le foie est fondamental pour l’équilibre hormonal. Il réceptionne la T4 ou thyroxine, physiologique (fabriquée par l’organisme) ou provenant de médicaments de substitution, pour la convertir en forme très active la T3. Au-delà de cette implication hépatique, l’alimentation peut-elle influer en aidant ou freinant cette production, cette activation, cette fine régulation ?

 

Si l’environnement, la pollution atmosphérique, certains métaux lourds (plomb, mercure…), le tabagisme, les perturbateurs endocriniens (pesticides, plastiques…) aux structures proches de nos hormones et qui s’accumulent insidieusement dans nos tissus les plus profonds peuvent menacer cet équilibre, l’inflammation chronique, non perceptible dans les analyses biologiques courantes, est probablement une des causes les plus importantes de ces dysfonctionnements.

 

Hygiène de vie et apports alimentaires

Diminuer l’inflammation passera par une bonne hygiène de vie (plus de détente, moins de stress, un sommeil plus équilibré et récupérateur, plus d’activités estivales pour booster la synthèse de la vitamine D…) et surtout avec une base alimentaire qui se construira autour de plus de polyphénols, plus de végétal. Des fruits et légumes colorés seront des piliers pour leurs apports en caroténoïdes, anthocyanes… ainsi que des condiments, des épices et des herbes aromatiques « à gogo » (curcuma, gingembre, ail, oignon, thym, cannelle, basilic, coriandre…), et de bonnes huiles riches en omega-3 ou équilibrées en acides gras 3, 6 et 9 (olive avec son l’acide oléique et ses polyphénols de légende, oleuropéine, hydroxytyrosol…, colza, noix, caméline, graines de lin et de chia…). Certaines pharmacies spécialisées proposent maintenant des mélanges bio adaptés aux besoins physiologiques : https://www.quintesens-bio.com. Pourquoi ne pas allier un conseil qualitatif d’un professionnel de santé avec une proposition culinaire officinale ?

 

Comme le foie et l’ensemble de nos tissus, la thyroïde est richement vascularisée, et une dynamique sanguine est le gage d’une bonne oxygénation cellulaire. Là encore, thé vert, polyphénols, flavonoïdes du règne végétal seront appréciés pour renforcer l’élasticité, l’étanchéité, les échanges vasculaires. Une glande thyroïde affaiblie, appauvrie en micro-éléments vitaux, engendre inexorablement une faiblesse générale. Ces bioflavonoïdes, et plus largement les polyphénols, protègent toutes nos cellules et améliorent également la sensibilité des sites où viennent se fixer les hormones thyroïdiennes T3 ou T4.

 

Iode, acides aminés et oligoéléments

D’ailleurs, pour se construire, T3 et surtout T4 ont besoin d’iode. Un adulte a besoin quotidiennement de 150 μg d’iode en moyenne, et chez la femme enceinte de 200 μg. Le monde marin, avec les huîtres, les coquillages, les anchois, sardines…, offre cet oligoélément obligatoire. À titre indicatif, morue et algues de types nori et wakamé sont d’excellentes sources, avec respectivement 100 à 120 µg/100 g pour la morue, et près de 100 à 300 µg PAR GRAMME pour les algues !

 

Certains aliments consommés en très grande quantité inhibent la captation de l’iode.  Il s’agirait des crucifères (chou de Bruxelles, chou-fleur, navet, brocoli…), du manioc, du millet, du soja, de la patate douce… Comme toujours, la diversité alimentaire évitera l’inconvénient de ces aliments mangés trop souvent et en de trop fortes proportions dans certains régimes. Enfin, à propos de l’absorption de l’iode, certaines toxines tabagiques, mais également le chlore, le fluor, le lithium freinent sa biodisponibilité.

 

La L-tyrosine est un acide aminé qui est utilisé en même temps que l'iode pour produire les hormones thyroïdiennes. L'organisme peut en synthétiser à partir d'autres acides aminés, mais avec l’âge, cette production devient insuffisante. Des aliments riches en tyrosine, comme les amandes, les bananes, les produits laitiers, les fèves, aident à répondre à ces besoins supérieurs.

 

Le sélénium, le zinc sont aussi deux éléments indispensables à la maturation hormonale. La transformation hépatique de T4 à T3 passe par une enzyme (la déiodinase) qui a besoin de sélénium, de zinc, mais également de vitamines B. Justement, les huîtres, mais aussi les noix du Brésil, des champignons comme le shiitaké en sont riches. Notons que les déficiences en zinc, souvent rencontrées chez les sujets plus matures, sont associées à une diminution d'environ 30 % des concentrations de T3 et de T4 en comparaison avec des personnes ayant un statut en zinc normal.

 

Le sélénium est d’ailleurs plus concentré dans la thyroïde que dans d’autres tissus. L'activité débordante de cette glande génère un grand nombre de radicaux libres, et cet oligoélément, qui est intégré et active certaines enzymes antioxydantes, freine le stress oxydatif, et donc protège naturellement la thyroïde. Le stress du quotidien entraîne aussi une déplétion en sélénium expliquant, là aussi, le rôle délétère de nos tensions sur notre petite glande !

 

Ce stress, avec son cortisol élevé et son taux de magnésium à la baisse, influe négativement sur le fonctionnement thyroïdien. L’alimentation par un apport suffisant en magnésium aide à réguler ces tensions et votre énergie. Chocolat à 70 % de cacao, oléagineux, fruits secs, fruits de mer, légumineuses, eaux minérales sont autant de bonnes sources alimentaires.

 

La spiruline, algue microscopique bleue, apporte également iode, zinc, sélénium, manganèse et des acides aminés essentiels à la synthèse des hormones.

 

Si votre thyroïde est en délicatesse, si vous présentez des symptômes évocateurs de cet affaiblissement ou si votre traitement de substitution reste indispensable mais insuffisamment efficace…, ces recommandations vous seront utiles. Et si vous avez lu avec intérêt cet article, c’est que forcément vous avez poussé la porte d’une PharmaVie, où vous pouvez trouver un professionnel aguerri au conseil qui sera attentif à vos remarques et saura vous prendre en charge. Une supplémentation personnalisée ira certainement densifier vos apports en vitamine D3, en sélénium, en zinc, en omega-3 ou en magnésium selon votre ressenti !

 

Pascal Guerit

Docteur en Pharmacie

DU Diététique et Nutrition