Allergies et environnement

Pollution, perte de la biodiversité, gènes interagissent pour amplifier actuellement la place des maladies allergiques. Pour l’Académie nationale de médecine, diminuer l’exposition aux facteurs néfastes est un enjeu pour la prévention des maladies allergiques.

En effet, les allergies respiratoires sont extrêmement fréquentes : 16 millions de Français souffrent de rhinite et 4,2 millions d’asthme. L’allergie est considérée par l’OMS au quatrième rang des maladies chroniques les plus fréquentes.

Pollution de l’air et baisse de la biodiversité (1)

Au cours des quatre dernières décennies, la prévalence de l’asthme et des allergies a doublé. Le rôle des gènes dans cette évolution est faible vu la lenteur des modifications génétiques. En revanche, la pollution de l’air a considérablement augmenté, en particulier celle liée aux émissions d’usines, aux pulvérisations agricoles, aux échappements des véhicules, qui s’ajoutent aux particules naturelles (pollens, moisissures…). Les particules ultrafines, de diamètre inférieur à 2,5 µm, qui inspirées pénètrent jusqu’aux alvéoles, sont les plus en cause. À côté des particules, on trouve des gaz inhalés, dont les oxydes d’azote (NO2) émis lors de combustions ou de l’utilisation des engrais azotés, qui aggravent la pollution. Vivre à proximité d’un axe de circulation intense est un facteur de risque démontré de survenue d’allergies respiratoires, surtout d’asthme. Le deuxième facteur probable d’évolution des maladies allergiques est lié à la perte de la biodiversité : une population de plus en plus urbanisée, soumise à un contact beaucoup plus pauvre en microorganismes et végétaux diversifiés, avec un microbiome respiratoire, intestinal, différent, moins riche, dès la naissance, appauvrissant les stimulations antigéniques initiales, augmenterait le risque allergique ultérieur. Plusieurs études écologiques et démographiques montrent que l’asthme et les allergies augmentent en même temps que l’urbanisation, alors qu’elles restent plus rares dans les zones rurales.

Un livre blanc pour enseignement et pratiques (2)

L’allergologie est une spécialité médicale maintenant reconnue en France pour lutter contre une épidémie liée à notre environnement. Pourtant, sept ans, c’est le temps moyen d’errance thérapeutique des patients allergiques avant de consulter un allergologue. Or, la prise en charge tardive d’une allergie respiratoire prédispose indéniablement à son aggravation. De plus, les patients poly-allergiques, notamment alimentaires et respiratoires, ont un risque accru de développer un asthme sévère. En France, 15 000 personnes sont hospitalisées chaque année pour une crise d’asthme, et 1 000 personnes âgées de moins de 65 ans en décèdent ; autant de morts évitables par une prise en charge précoce et adaptée.

Un « livre blanc » rédigé par la Fédération française d’allergologie ambitionne de susciter une prise de conscience, de la part des pouvoirs publics, des professionnels de santé et du grand public, sur les conséquences d’une maladie trop souvent banalisée, voire méconnue.

 

 

 

 

1 - (Équipe EPAR (Épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires), Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM et Sorbonne Université-Médecine Saint-Antoine, Paris)

2 - (Département de Pneumologie et Addictologie, Hôpital Arnaud de Villeneuve, CHU de Montpellier. Université de Montpellier et Sorbonne Université UPMC Paris 6, UMR-S 1136, IPLESP, Équipe EPAR, Paris)